Votre enfant tremble devant un chien qu’il n’a jamais vu ? Il refuse de dormir seul sans raison apparente ? Vous avez tout essayé : les câlins, les explications, les livres sur les émotions. Et pourtant, rien n’y fait.
Voici ce que personne ne vous a dit : dans de nombreux cas, la peur de votre enfant ne vient pas d’une mauvaise expérience qu’il a vécue. Elle vient de ce qu’il a observé — chez vous.
Ce sont les résultats d’une étude publiée en 2023 et menée par des chercheurs de l’Université de Montréal. L’étude éclaire le phénomène qu’on appelle l’apprentissage de la peur par observation.
Et … c’est une bonne nouvelle : parce que si vous faites partie du problème sans le savoir, vous pouvez aussi devenir la solution.
Ce que révèle la recherche (et qui va vous surprendre)
En 2023, une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal a publié une étude qui change la façon dont on comprend la peur chez les jeunes enfants.
Leur découverte principale : les enfants n’ont pas besoin de vivre une expérience traumatisante pour développer une peur. Il suffit qu’ils voient leur parent la ressentir.
Un enfant peut avoir peur des chats parce qu’il a vu sa mère reculer face à un chat. Il peut craindre les orages parce que son père se raidissait à chaque coup de tonnerre. Il n’a pas besoin qu’on lui explique. Son cerveau enregistre, copie, intègre.
Les chercheurs appellent ça l’apprentissage de la peur par observation. Et chez les enfants de 3 à 8 ans — en plein développement émotionnel — ce mécanisme est particulièrement actif.
Les 2 facteurs qui amplifient (ou protègent) votre enfant
L’étude ne s’arrête pas là. Elle identifie deux éléments précis qui déterminent si votre enfant va « attraper » vos peurs — ou pas.
1. La qualité de votre lien d’attachement
C’est le facteur le plus puissant. Les enfants qui ont une relation sécurisante avec leurs parents sont naturellement mieux protégés face aux peurs observées. Leur cerveau sait que même en cas de danger, un adulte fiable est là.
À l’inverse, les enfants qui vivent une relation d’attachement moins sécurisante — où les réponses de l’adulte sont imprévisibles, absentes ou envahissantes — sont beaucoup plus vulnérables à l’apprentissage des peurs par imitation.
👉 Ce que ça veut dire concrètement : la disponibilité émotionnelle d’un adulte est le meilleur anti-anxiété naturel qui existe.
2. La synchronie physiologique — votre corps parle
Quand un parent et un enfant sont proches, leurs corps se synchronisent littéralement : rythme cardiaque, transpiration, tension musculaire. C’est ce qu’on appelle la concordance physiologique.
Résultat : quand vous êtes stressé·e, votre enfant le ressent dans son propre corps — avant même que vous ayez dit un mot, avant même que vous ayez fait un geste visible.
Et les chercheurs ont montré que cette synchronie amplifie l’apprentissage de la peur surtout quand le lien d’attachement est fragilisé.
Dans un contexte familial serein et sécurisant, cette synchronie est en réalité bénéfique : elle aide l’enfant à réguler ses émotions. C’est seulement quand le lien vacille qu’elle devient un amplificateur de peur.
Ce que ça change pour vous, au quotidien
Avant de continuer, posez-vous honnêtement ces questions :
- Est-ce que je réagis visiblement face à certaines situations (insectes, hauteur, foule, obscurité) ?
- Est-ce que mon enfant me voit anxieux·se régulièrement, même pour des « petites choses » ?
- Est-ce que je suis disponible et prévisible pour lui — ou est-ce que mes réponses varient selon mon humeur ou mon niveau de stress ?
Les recherches montrent que les enfants dont un parent souffre d’anxiété chronique ou d’un trauma non traité sont davantage à risque de développer eux-mêmes des troubles anxieux.
Si vous traversez une période difficile, consulter un professionnel — pour vous — est l’un des gestes les plus protecteurs que vous pouvez faire pour votre enfant.

3 choses à faire dès cette semaine
✅ Nommez vos propres peurs devant votre enfant — et montrez que vous les gérez
« Moi aussi j’ai un peu peur des orages. Tu sais ce que je fais ? Je respire profondément et j’écoute le bruit de la pluie. »
C’est contre-intuitif peut-être, mais montrer que vous avez peur et que vous surmontez cette peur est bien plus puissant que prétendre ne rien ressentir. Vous devenez un modèle de régulation, pas un modèle d’invulnérabilité.
✅ Créez des rituels de sécurité, pas des rituels d’évitement
Quand votre enfant a peur, l’instinct est de supprimer le stimulus (« on n’ira plus au parc s’il y a des chiens »). Mais l’évitement renforce la peur à long terme.
Mieux : construisez avec lui un rituel d’apaisement — une phrase, un geste, un objet — qui lui rappelle qu’il peut traverser l’inconfort. La sécurité vient de l’intérieur, pas de la disparition du danger.
✅ Travaillez le lien avant de travailler la peur
Si votre enfant est régulièrement anxieux, la question n’est pas d’abord « comment supprimer cette peur ? » mais « est-ce que mon enfant se sent vraiment en sécurité avec moi ? »
La peur n’est pas l’ennemi
La peur est un mécanisme adaptatif. Elle est là pour protéger votre enfant. Le problème, ce n’est pas que votre enfant ait peur. C’est quand la peur l’empêche d’explorer, de grandir, de vivre.
Votre rôle en tant que parent ou éducateur·rice n’est pas d’éliminer les peurs. C’est d’apprendre à votre enfant à marcher avec elles.
Prêt·e à passer à l’action avec votre enfant ?
J’ai créé Le Carnet des Petits Aventuriers : un cahier d’activités avec 8 ateliers créatifs pour aider les enfants de 3 à 8 ans à apprivoiser leurs peurs.
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Parce que grandir, ça s’apprend.
Source : Étude publiée dans le Journal of Child Psychology par Alexe Bilodeau-Houle et Marie-France Marin, Université de Montréal (2023).

